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Une voix s’élève et se répand. Doucement, presque affectueusement.
« Si vous marchez dehors, à cette heure et en ce lieu, c'est que vous désirez quelque chose que vous n'avez pas, et cette chose, moi, je peux vous la fournir ; car si je suis à cette place depuis plus longtemps que vous et pour plus longtemps que vous, et que même cette heure qui est celle des rapports sauvages entre les hommes et les animaux ne m'en chasse pas, c'est que j'ai ce qu'il faut pour satisfaire le désir qui passe devant moi, et c'est comme un poids dont il faut que je me débarrasse sur quiconque, homme ou animal, qui passe devant moi. »
C’est par ces mots que celui qui s’impose de vendre, interceptera celui à qui il impose d’acheter. Une offre, une transaction, licite ou illicite. Dans l’entre-deux d’immeubles. Deux tours peut-être. Jumelles sans doute. Aveugles assurément.
Mots étranges et somptueux cependant, prélude à un commerce vertigineux et excessif de la langue du désir et du désir de langue. Car c’est bien là qu’excès et vertige trouvent de redoutables combinaisons. Excès du désir qui mène à l’oubli, commerce de l’excès qui mène à la folie. Vertige du plus grand, plus vite, plus haut, qui prélude à l’effondrement. « … car il n’y a pas de pont sans ravin », et tranquillement, peut-être encore avec respect, dealer et client franchissent les portes de la nuit.