PROGRAMMATION Mise-en-scène : Jean Pierre Brière |

Quelque part en province.
Une jolie ville, agréable, un joli parc, un pensionnat, un évêque, de beaux magasins, des rues, des avenues.
Un chef-lieu sans doute. C’est-à-dire nulle part.
Dans un appartement, un Professeur à barbiche blanche et cravate noire donne la leçon à une Elève polie et bien élevée.
Dans l’appartement, la Bonne – la bonne du professeur – s’emploie à l’intérieur et veille à l’ordre et au ménage.
Ici la salle à manger fait cabinet de travail et le cabinet de travail fait salle à manger.
Au commencement, le vieux professeur et la jeune élève se congratulent d’arithmétiques.
On additionne les politesses, on multiplie les « excusez-moi ». Les « si vous le permettez ».Tout va bien.
A l’addition, s’ajoute la soustraction qui ne soustrait rien, additionne tout.
Les règles se brouillent. La bonne s’inquiète. Tout va moins bien.
Au lointain, les maisons basses sont plus basses, les toits rouges plus rouges et le ciel bleu gris plus gris que bleu.
« Surtout pas de philologie, la philologie mène au pire. » dira la bonne.
La bonne connait la leçon.
De leçon il n’y aura point. Point de pupitre. Point de tableau noir. Nulle craie pour écrire.
On fait semblant. Semblant d’apprendre, semblant d’instruire. Semblant de savoir.
On se donne du titre. On prétend connaitre les langues. A défaut, on en invente. Pèle mêle. Surtout pas de silence. Peur d’être à court. De perdre pied. Avoir le dernier mot.
On se gave de discours comme une oie avant la fête. Ca donne le vertige. Comme une pièce montée un jour de noce célibataire que seuls les convives rassasiés engloutiront à perdre corps et âme.
La bonne avait prévenu. Il faudra nettoyer.
Le Professeur prendra la tête, la bonne les jambes.
Et du corps de Mademoiselle videront la scène du crime.
Quarantième fois de la journée et la journée n’est pas terminée.

Théâtre Méga-Pobec