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Un récit, néanmoins
Au début, il y a un homme qui parle.
Ses vêtements sont troués et calcinés.
Ses cheveux hirsutes dressés sur sa tête comme des clous, son visage, son corps, sa peau brûlés sont noirs.
Il parle abondamment de l’innocence, de l’enfance, des dieux.
Puis il dit : « Mais, maintenant, nous les tuons ».
Une femme entre qui dit qu’elle est sa mère et raconte comment elle l’a mis au monde et que le monde dans lequel elle l’a mis est un monde dont le monde est absent.
Elle dira de lui en le présentant : « Voici l’enfant que mon ventre a jeté dans les flammes. »
Enfant monstre, homme fossile, bouche béante de la frayeur du monde. Enfant du brasier de la guerre.
Mort-né carbonisé. Ce serait en quelque sorte, un fantôme inversé, celui qui n’est plus avant même d’avoir été.
Il sera le centre de la première partie de la pièce.
Elle mettra en scène la volonté radicale et l’obstination enfantine du Monstre à découvrir, à analyser, à comprendre la vie qu’il aurait dû vivre..
Apprendre. Aimer. Manger. Vendre. Travailler. Dans chaque séquence, il est le héros. Il y rencontre des enfants, des camarades d’école et un professeur, une femme qui l’aime puis sa femme, un bébé, un homme qui achète l’éducation des enfants, son fils devenu grand à la recherche d’un travail. Chaque fois, il s’étonne du déroulement des choses ; comme un étranger qui découvrirait des mœurs inconnues, il ne réagit pas comme il faudrait, avec un retard ou comme un homme frappé d’amnésie et de stupeur qui découvrait un passé qu’il ne reconnaîtrait pas. Souvent, il a le pouvoir de se détacher de l’action, de la commenter ou même de pleurer sur le feu qui consume ses chairs. C’est un combat étrange entre reconstitution et décomposition.
La seconde partie de la pièce met brusquement en scène un soldat.
C’est le fils du monstre.
Il chante: « Quand je parle une sirène hurle
Je suis l’armée. »
Cette fois, la séquence sera plus longue. Comme si l’histoire ne faisait que commencer.
Le Monstre est devenu un vieux Monstre.
Un Monstre qui n'en finirait pas de se réduire en poussière.
Il ne s’étonne plus, il laisse venir les choses, les évènements.
Le fils dit :
« Chaque engagé a été renvoyé dans son quartier pour abattre un crevé de civil
Il choisit qui »
Le quartier est désert. C’est le couvre-feu. La famine menace.
La mère dit : « Il ne reste que deux familles dans le quartier :
Nous et un vieux couple dans la maison au coin de la rue »
Le choix est évident. Il n’y a pas de choix. Tuer ou être tuer.
Et le soldat tue.
Et contre toute attente, le fils tue son père.
Et contre toute attente, le père fait l’éloge du fils